Autrice : Denise Bonal  

Mise en scène : Justine Haye

Avec : Marie Gaidioz, Lola Gutierrez, Marion Jadot, Nina Josse, Julie Manautines, Coline Moser. 

Création lumière : Juliette Romens et Marie-Sol Kim

Conseils scénographie : Marine Brosse

LÉGÈRE EN AOÛT

« J’ai baisé je suis punie ». 

Cinq très jeunes femmes enceintes sont enfermées dans une institution jusqu’à la fin de leur grossesse. Le moindre de leur geste est surveillé, elles ne peuvent prononcer les mots accouchement, enceinte et surtout enfant, parce qu’elles ont « fautés », elle ont couchés, elles se sont laissé emporté par leur désir, leur amour, la fougue de leur jeunesse à une époque où l’avortement n’est pas autorisé.

On s’imagine, devant le scénario de cette œuvre brillamment écrite par Denise Bonal en 1974 _un an avant la promulgation de la loi Veil qui dépénalise l’IVG_ assister au témoignage d’une époque révolue. Et pourtant, chaque phrase prononcée porte une résonnance puissamment actuelle, voire même dystopique : que feraient les femmes si l’avortement était de nouveau interdit en France, comme le réclame une part minoritaire mais grandissante de la population française, sans parler de la situation dans différents pays? 

« Je suis en prison. Dans trois mois tu seras libre. Non, fini pour moi l’air libre. »

Les pensionnaires sont enfermées dans un espace unique et clos, surveillée par la cage qui surplombe la scène et dont s’échappe la voix de Mademoiselle. La surveillance exercée par Mademoiselle, telle une mère maquerelle, est croissante, tout comme la chaleur de ce mois d’août qui se fait de plus en plus suffocant. Le spectateur ressent cette canicule grandissante, métaphore de l’oppression subie par les pensionnaires et du contrôle  encore exercé sur le corps des femmes dans notre société actuelle.

« Il faut boire, et danser. Il y a du monde dans cette pièce…nous ne sommes pas cinq mais dix. »

Le titre, Légère en Août, loin d’être anecdotique, est un fil conducteur : cette légèreté fait contrepied à la gravité du sujet. Contraintes à cette vie en collectivité, les protagonistes lient des amitiés dans cette bulle hermétique au monde, rendant cet espace supportable entre rires et ennui. Mais un ennui tchekhovien : bruyant, chaotique et joyeux. Même si leur situation est difficile, elles rient, chantent, dansent : vivent. Ce que j’aime par-dessus tout dans cette pièce, c’est cette énergie vitale qui s’en dégage.  Il y a également une grande beauté de voir sur scène six personnages de femmes si diverses et complexes à la fois, renforcent cette multiplicité de personnalités de femmes, à l’inverse d’un soi-disant « éternel féminin ».

Justine Haye, Metteuse en scène

« Aussi, la pièce de théâtre Légère en août (28 mars 2019) où cinq jeunes femmes enceintes sont au sein d’une institution qui les garde à l’abri le temps leur grossesse, avant de vendre leurs enfants… « Ce sont des parcours de femmes extraordinaires, portés par des comédiennes géniales. L’option théâtre du lycée Jules-Ferry travaillera autour de cette pièce », précise Delphine Trujillo. »

David Leduc

Article paru le 9 Avril 2018 sur le site du Pays Briard

En dénonçant la situation d’isolement de femmes, futures filles mères, opprobres de la société, Denise BONAL anticipe le danger auquel sont exposées ces femmes, celui de devenir la proie d’organisations mercantiles, vendeuses de nouveaux nés. Denise BONAL met donc en scène cinq jeunes femmes enfermées dans une clinique, la plupart de leur plein gré, qui ont pour contrat de poursuivre leur grossesse jusqu’ à la délivrance moyennant une prime conséquente, celle de la vente de leur enfant. A travers les portraits des cinq femmes issues de milieux divers, les différentes positions et ressentis des mères porteuses sont exprimés. Si les personnages de Menda, la portugaise et de Ginette « une ancienne pauvre » frisent légèrement la caricature par opposition aux caractères de Dominique et Solange plus effacés, les propos de Florence, la jeune rebelle, nous interpellent profondément parce qu’ils témoignent d’une véritable détresse que l’appât du gain ni les joyeuses chansons de Sheila ou de Michel Delpech ne réussissent à camoufler.

Denise BONAL ne porte pas de jugements sur ces femmes mais sa démonstration est éloquente. Voilà des femmes qui certes n’auront pas commis d’assassinat de leurs rejetons en avortant (parce que l’avortement est un crime selon les parents catholiques de Florence) mais seront devenues les complices d’un commerce de traite d’enfants.

Justine HAYE la metteure en scène qui interprète telle une dame patronnesse, Mademoiselle, la directrice de la clinique, réussit à immerger le public dans ce huis clos somme toute tragique, mais sans pathos.

Nous lui sommes reconnaissants ainsi qu’à toute l’équipe des comédiens de porter avec une si belle conviction, cette pièce de Denise BONAL, aux accents tchekhoviens, visionnaire et sensible, toujours actuelle.

Evelyne Trân

Article paru le 6 Janvier 2018 sur le blog Théâtre au vent (Le Monde) 

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